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Publié : 23 mars

Intervention Kolin Kobayashi (13/03/21)

Discours à la manif de Nantes

Dix ans se sont écoulés depuis la triple catastrophe de Fukushima survenue le 11 mars 2011. Cependant, l’accident est toujours en cours et l’état d’urgence nucléaire n’est toujours pas levé. Quotidiennement une radioactivité d’environ 24 000 becquerels/h s’échappe des trois réacteurs à l’origine de l’accident. On n’arrive toujours pas à la confiner. Les combustibles usés attendent toujours dans les piscines de refroidissement des deux réacteurs. Et le 28 février dernier, 10 ans après, TEPCO a heureusement réussi à vider les 566 combustibles de la 3e piscine.
Il y a un mois, le 13 février 2021 à 23 h 09, un nouveau séisme de magnitude 7,3 a touché le large de Fukushima. Heureusement, il n’y a pas eu de Tsunami et les dégâts sont relativement moindres que ce qu’on aurait pu craindre avec un séisme de cette densité.
On sait également depuis, qu’il y a de faibles fuites d’eau des piscines de stockages de combustibles sur les sommets de bâtiments et l’enceinte de confinement de réacteurs. Une extrême vigilance s’impose toujours sur le site Fukushima Daiichi... Quant aux programmes de démantèlement, malgré les 4000 à 6000 liquidateurs qui travaillent de manière ininterrompue, cela n’avance que très lentement. Pour le moment, le calendrier élaboré n’est que théorique et aucune procédure concrète et réaliste n’est présentée. Avant toute chose, il faut noter que le tableau complet de dispositions des coriums, combustibles fondus, n’est pas réalisé, car les investigations mêmes, avec ou sans robots, ont échoué en raison de la forte concentration radioactive. Au départ, TEPCO prétendait pouvoir assurer le démantèlement en 30 à 40 ans, mais récemment la mise en évidence d’une radioactivité extrême (entre 30 à 70 péta becquerels/h) sur les couvercles de trois réacteurs, l’a obligé à revoir la feuille de route du démantèlement. Les experts indépendants craignent une durée allant au-delà de 100 ans.
En outre, la quantité d’eau contaminée qui a servi au refroidissement des coriums augmente à l’infini, et chaque jour il faut récupérer 150 tonnes d’eau. TEPCO et le gouvernement ont l’intention de diluer plus d’1 million 246 milles m3 d’eau contaminée, stockée en 1061 réservoirs et de la rejeter dans la mer. L’AIEA, agence internationale de l’énergie atomique, soutient cette solution. Cependant, alors que déjà 80 % de la radioactivité totale de la catastrophe est retombée en mer provoquant dès lors une grande pollution, il n’est pas acceptable de polluer davantage l’océan. Il n’existe pas de consensus concernant les effets sur la santé du tritium, qui est un des radionucléides présent en grandes quantités dans les réservoirs d’eau contaminée.
La constitution d’une nouvelle loi internationale interdisant le rejet de la radioactivité en mer est impérative.
En tout état de cause, il faudra probablement plusieurs centaines d’années pour revenir à l’environnement d’avant l’accident de Fukushima.
Voilà l’état des lieux de la centrale de Fukushima-Daiichi, aujourd’hui ; alors que par ailleurs, les grands médias affiliés au pouvoir pro-nucléaire prêchent l’oubli et le déni, en exaltant les JO de Tokyo. La situation de la pandémie ayant cependant mis à mal la flamme olympique.

Le Lobby nucléaire français est aussi très actif dans le négationnisme de la catastrophe et en toute connivence avec son homologue japonais afin de minimiser, voire nier les conséquences.
Quelle leçon doit-on tirer après 10 ans de Fukushima ? D’abord, une question fondamentale. Est-ce qu’un accident majeur peut se produire ? Oui un accident majeur peut se produire dans n’importe quel pays. Et quand il se produit, il est hors de contrôle, dès le départ. Tchernobyl et Fukushima, sont la preuve qu’un accident majeur nucléaire est ingérable. D’après le pire scénario que Naoto Kan, ancien premier ministre de l’époque, avait reçu de la part du président de la commission de l’énergie nucléaire, il fallait envisager l’évacuation de 50 millions de personnes, de Fukushima à Tokyo. Est-ce possible ? La réponse est NON. C’est la raison pour laquelle que Naoto Kan, pro-nucléaire auparavant, s’est reconverti complètement en un antinucléaire farouche. On ne peut en aucun cas faire face à un accident majeur. Cela est impossible, il faut donc arrêter. C’est ce que Naoto Kan a compris.
Mais, malgré cette situation au Japon, le gouvernement du parti conservateur PLD ne veut pas renoncer à développer le nucléaire, et veut le redémarrage des centrales à l’arrêt. Quant au lobby nucléaire international, y compris les organisations onusiennes, ils sont installés à Fukushima depuis 2011 avec l’aval des autorités japonaises, afin d’y diffuser une propagande stratégique de communication, assurant que la zone contaminée est habitable, et que si vous avez une formation de radioprotection pratique pour la zone contaminée, vous pouvez y vivre joyeusement. Ni le risque, ni la prévention, ni la santé ne sont jamais évoqués. C’est ce même schéma qui fut instauré par le lobby nucléaire français avec le projet Ethos en Biélorussie en 1996. L’IRSN, l’ASN, le NEA...le lobby français et européen sont en action à Fukushima.
La solution est très simple, pour être en sécurité, il faut arrêter le nucléaire.

Merci de m’avoir écouté !